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La trahison de la maille

la collection été 2010 de xavier brisoux décline une fois de plus le principe du paradoxe cher au créateur et feint la simplicité pour exprimer la complexité des choses. en jouant un va-et-vient entre la convention de hauts basiques - proposés en versions unies de tricot, jauges 12 et 16, de fil de coton pima en camaïeu de gris - et la sensation de mystère que provoque l’illusion, elle déconstruit les rapports que notre œil entretient avec la réalité.

son pull-débardeur constitue sans doute la pièce la plus caractéristique de cette collection. un empiècement tricoté de fil polyamide transparent selon la forme d’un débardeur et placé au dos d’un pull à la ligne classique offre en effet un décalage entre le vêtement et sa représentation, entre sa présence et son absence. « ceci n’est pas un débardeur », pourrait-on dire en citant le célèbre tableau de magritte, intitulé « la trahison des images » pour souligner le leurre. mais, pour autant, ce dos existe bel et bien comme élément du vêtement ; la phrase pourrait alors s’inverser et dire elle aussi une vérité : « ceci n’est pas un leurre ; oui, c’est un débardeur ».
par l’entremise de ce voile, xavier brisoux fait le choix de brouiller les perspectives, de pratiquer de fausses ouvertures : il évide, il souligne, il révèle, il dévoile. mais dans le même temps, comme à son habitude avec méticulosité, il camoufle aussi, il cache les artifices de sa technicité pointue : ses vêtements d’apparence simple résultent d’une réinvention de la coupe. là s’inscrit encore le paradoxe : la construction mathématique du vêtement assistée par la machine à tricoter – le tricot est mis en forme au moment du tricotage – s’allie en équilibre à un esprit créatif qui imagine et érige illusions d’encolures, manches, poches, superpositions, twin-set, cravate. tempo dans lequel s’exprime l’insoumise liberté inflexiblement mesurée néanmoins par une rigueur cachée.
tout ce étant malgré tout réel, nous voilà avec plaisir pris au piège d’un humour qui sème la confusion, sape la logique et l’esprit de sérieux. on retrouve également cette illusion dans la série d’accessoires, chaussettes et gants légers qui s’amusent eux aussi à couvrir en laissant voir.
à coté de ces traditionnelles pièces de maille diminuées viennent s’ajouter des pièces de jersey qui réinventent les modèles emblématiques des collections précédentes. ces jerseys aux réel parti pris de recherche formelle viennent étoffer cette collection d’été.

xavier brisoux insuffle à ses vêtements, réalisations parfois des plus ardues, un air de sprezzatura, d’une certaine nonchalance, de facilité, d’aisance et de naturel. on ne s’étonnera pas alors qu’ils plaisent aussi aux femmes ; ce qui explique que la collection est présentée portée tant par un homme que par une femme.

Photographs © Mathieu Drouet